Hommage à Janos Baracs
Professeur à l’École d’architecture de l’Université de Montréal entre 1964 et 2000
Nous venons d’apprendre le décès du professeur Janos Baracs, survenu le 23 janvier dernier. Une perte énorme, un pionnier de la topologie structurale que nous étions privilégiés de compter parmi nous.
Titulaire d’un B.Sc. en Génie Architectural de l’Université polytechnique et économique de Budapest en 1954, Janos Baracs immigre à Montréal en 1957. Quelques années plus tard, il est le principal ingénieur en structure des Pavillons Thématiques de l’Expo 67 dont l’architecture est confiée à Guy Desbarats de la firme Affleck, Desbarats, Dimakopoulos, Lebensold & Sise (ARCOP).
Ces pavillons affichaient une morphologie basée sur des tétraèdres tronqués générant des façades hexagonales à grande échelle. Leur construction impliquait de multiples treillis composés de fers angles en acier intempérique (Corten) générant une jungle à la fois impressionnante et rationnelle. Mais la pose d’un banal revêtement extérieur camouflait la nature innovante de l’ensemble.
En parallèle, Janos est engagé en 1964 comme professeur à l’École d’architecture de l’Université de Montréal, alors dirigée par ce même Guy Desbarats.
Fort de l’expérience acquise avec les Pavillons Thématiques, le professeur Baracs s’est impliqué dans le développement d’un cours de géométrie descriptive qui dépassait les prismes droits. Il considérait que l’approche obsessivement cubique de l’architecture avait un effet paralysant sur la technologie de la construction. Il a ensuite monté un cours en Topologie structurale, présentée comme une première étape de la conception architecturale et privilégiant une géométrie combinatoire plutôt que le traditionnel organigramme fonctionnel.
Afin d’aller plus loin dans cette perspective, il fonde le Groupe de recherche en Topologie Structurale. Un groupe impliquant notamment des spécialistes en mathématique appliquée et en informatique, axé sur des méthodes et solutions visant une pratique plus audacieuse de l’architecture.
Plusieurs artistes se sont inspiré des travaux de Janos Baracs. C’est notamment le cas pour la sculpture composée de 28 octaèdres tronqués à la mezzanine de la station de Métro Namur et pour le réseau de polyèdres au plafond ainsi qu’aux escaliers de la station Côte-des-Neiges.
Ma première rencontre avec Janos Baracs remonte à la réception organisée à sa résidence en l’honneur de Frei Otto, architecte du pavillon de l’Allemagne à l’Expo 67; étudiant à l’époque, j’y étais invité en raison de la voile articulée à double tension caractérisant la boîte à chanson La Résille que j’avais conçue au Pavillon Pollack de l’Université Laval. Dans les années 90, en tant que Directeur de l’École d’architecture de l’Université de Montréal, j’avais confié à Janos l’encadrement d’un atelier en design architectural afin que les étudiants concernés puissent bénéficier de son expertise dans leur intégration de ses idées. Notre dernière rencontre fut le repas partagé dans un petit restaurant hongrois de Montréal le 7 mai dernier.
Janos Baracs était un visionnaire fort agréable à côtoyer tant pour ses collègues que pour ses étudiants.
Roger-Bruno Richard