Soutenance de thèse de Mathilde C. Loiselle
Vers une approche sensible de la marchabilité: mieux intervenir pour la marche par une approche intégrée des contextes physiques, sociaux et sensoriels
Résumé :
Cette thèse propose une relecture des approches classiques de la marchabilité pour mieux intégrer les contextes sensibles de marche dans l’appréciation de ses conditions de pratique en milieux construits. Bien que le sensible ait été largement étudié, il n’a pas été articulé aux principes de la marchabilité encore dominants dans les politiques canadiennes et européennes. La recherche vise ainsi à rapprocher ces perspectives et à formuler les principales considérations d’une approche sensible de la marchabilité. Trois champs sont convoqués : la marchabilité classique, les ambiances urbaines et l’agentivité. Deux questions guident l’exploration. La première interroge le rôle du sensible dans la configuration des expériences de marche. La seconde interroge les conditions d’une agentivité habitante pour la marchabilité. Elle repose sur l’hypothèse que les pratiques habitantes configurent elles-mêmes les contextes sensibles de marche, leur conférant un pouvoir d’action sur ceux-ci.
La recherche adopte une démarche qualitative et ethnographique sur deux terrains contrastés : la Tuilerie à Eybens (Communauté métropolitaine de Grenoble, France) et le secteur P à Brossard (Communauté métropolitaine de Montréal, Canada). L’immersion vise une compréhension fine des contextes et des expériences de marche. Chaque terrain a accueilli un atelier éphémère où se déroulent des entretiens ouverts, individuels et collectifs, privilégiant la spontanéité des échanges. Des dispositifs créatifs, dont les récits en assemblages, ont soutenu les discussions et servi de dispositifs agentifs. Au total, 43 entretiens ont été menés à Eybens et 29 à Brossard.
Les résultats montrent que le sensible conditionne non seulement la qualité mais parfois la faisabilité même de la marche, selon les profils. L’ignorer dans le cadre d’analyses urbaines s’intéressant à la marchabilité, entraîne des risques d’exclusion spatiale ou de désengagement. À l’inverse, le contexte sensible de marche peut être vecteur de stratégies d’adaptation dans des environnements physiques contraignants. Les pratiques habitantes influencent directement les contextes sensibles, ce qui souligne l’importance d’impliquer les habitants. Les méthodes créatives apparaissent prometteuses pour activer cette participation, même si leur efficacité reste à confirmer au-delà du discours. L’approche sensible développée repose sur deux dimensions. D’une part, la tridimensionnalité des expériences de marche (physique, social, sensible), permettant de révéler risques et opportunités. D’autre part, la gouvernance participative, fondée sur trois piliers : 1) la médiation des besoins contrastés, 2) la transdisciplinarité pour assurer la compréhension mutuelle et la représentativité des profils marginalisés (humains et non humains) et 3) l’agentivité.
La thèse est menée en cotutelle entre la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal et le CRESSON, à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble – Université Grenoble Alpes. Elle est sous la direction conjointe de Sébastien Lord, professeur titulaire à l’École d’urbanisme et d’architecture de paysage de l’Université de Montréal et de Rachel Thomas, directrice de recherche au CNRS et chercheuse au laboratoire CRESSON, ENSAG – Université Grenoble Alpes.
Jury :
- Heather Braiden, Présidente du jury, professeure adjointe à l’école d’urbanisme et d’architecture de paysage de l’Université de Montréal ;
- Sébastien Lord, Directeur, professeur titulaire à l’École d’urbanisme et d’architecture de paysage de l’Université de Montréal ;
- Rachel Thomas, Directrice, directrice de recherche au CNRS et chercheuse au laboratoire CRESSON, ENSAG – Université Grenoble Alpes ;
- Paulette Duarte, Membre du jury, professeure au laboratoire Pacte à l’Université Grenoble Alpes ;
- Xavier Gravend, Membre du jury, professeur adjoint à la Faculté des arts et des sciences de l’Université de Montréal ;
- Nathalie Ortar, Examinatrice externe, Directrice de recherche du Ministère de l’Écologie, du Développement durable de France ;
- David Howes, Examinateur externe, Professeur en anthropologie à l’Université Concordia ;
- Michel Max Raynaud, Représentant de la doyenne, Professeur agrégé et Vice-Doyen aux études supérieures de la Faculté de l’Aménagement de l’Université de Montréal, représentant de la doyenne.
Programme : 300511 Doctorat interdisciplinaire en aménagement
Date : 17 avril 2026 de 9h à 12h
Lieu : Salle 1056 du Pavillon de l'aménagement
Emplacement : Salle 1056